Portrait : Mame Ndanty Badiane experte en guérison du vaginisme – 1ère partie

par Aziza

Je me suis entretenue avec Mame Ndanty Badiane qui est Coach certifiée, thérapeute et experte et conférencière en guérison du vaginisme. Elle connaît bien son domaine dans la mesure où elle a souffert du vaginisme et en a guéri. Résiliente, le vaginisme a été une bénédiction pour elle. Coach depuis 4 ans c’est en 2018, qu’elle se professionnalise et crée un programme complet d’accompagnement avec suivi pour les femmes. Ainsi, elle accompagne des femmes vaginiques de partout dans le monde.

Le vaginisme : définition, les causes, nombre de femmes touchées

C’est un trouble sexuel féminin. Ce sont les muscles du périnée qui se contractent involontairement ce qui empêche la pénétration, provoquant ainsi de violentes douleurs. Le mot trouble est important car cela montre un dysfonctionnement qui, d’ailleurs, se soigne et se guérit bien. Il faut savoir aussi que c’est un trouble psycho-somatique. Il touche les femmes mais il concerne également le couple.

On identifie plusieurs causes. Il peut être dû à une méconnaissance du corps féminin. Il peut aussi être la conséquence d’une éducation sexuelle stricte, de vision erronée et de tabou sur la sexualité féminine. Tout est à revoir, l’éducation sexuelle, le rapport avec son propre corps afin de se le réapproprier, l’estime de soi, la vision du couple…

Selon les données, le vaginisme touche entre 5 à 10% des femmes. Toutefois, Mame pense que ces chiffres sont sous-estimés. En effet, il y a de nombreuses femmes qui ne consultent pas et ne se manifestent pas parce qu’elles ont en honte ou peur. Elles ne sont pas prises en compte dans les statistiques. Actuellement, Mame travaille sur ce projet avec une statisticienne depuis l’été dernier afin d’avoir des données fiables pour pouvoir déterminer le nombre de femmes touchées (statistiques par pays, par continent). D’ailleurs, elle a remarqué que les femmes d’origine maghrébine sont plus touchées que les autres cultures. Elles représentent 80-85% des femmes qu’elle accompagne. Cette étude permettra de vérifier ces chiffres, d’affiner davantage les causes et d’aller plus loin dans ses outils d’accompagnement.

Après ta guérison du vaginisme, tu aurais pu continuer ta vie d’avant mais tu as décidé de te reconvertir. Quel a été ton déclencheur ?

Le vaginisme m’a vraiment plongé dans une quête de sens. Je me suis posée les vraies questions sur ma vie. « Qui j’étais ? Qu’est-ce que j’étais venue faire ici sur terre ? C’était quoi mon rôle ? » Les questions que je ne me posais jamais auparavant. Comme je le dis souvent, « vraiment ce vaginisme a été une bénédiction pour moi ». Ainsi, je me suis rendue compte que mon métier de comptable ne me convenait absolument pas. Je n’étais pas à ma place et ne trouvais aucun sens. Au lieu d’ouvrir un cabinet de comptable, c’est un cabinet de coaching en guérison du vaginisme que j’ai créé. Par une introspection, ça m’a amené à mieux me connaitre et savoir ce qui est important pour moi. Dans les valeurs, il ressort que j’ai toujours voulu aider et soigner. Plus jeune, je jouais au docteur car j’aimais déjà prendre soin des autres. J’avais envie de contribuer à un monde meilleur en aidant les personnes qui souffrent. Le vaginisme était une opportunité qui me permettait d’accomplir ma mission de vie sur terre. C’est une vocation. Et cela a du sens pour moi, ça en donne dans ma vie, ça me remplit de joie et je le fais avec tellement d’amour . Le déclic n’a pas été aussi facile, toutefois, c’est apparu comme une évidence. En s’inspirant de mon parcours, je voulais absolument transmettre aux autres femmes mes enseignements afin de leur permettre de guérir, rayonner, être confiantes et s’aimer…

Tu as fait ce choix qui te comble personnellement et professionnellement. Dans ton métier, une fois ton objectif accompli, les femmes n’auront plus besoin de toi. Ça ne crée pas une insécurité ?

Pas du tout, puisque c’est justement le but de mon métier.

Une bonne professionnelle qu’elle soit thérapeute ou coach permet l’autonomie. Elle ne reste pas dans la vie de sa coachée. Je suis très contente quant à la fin de l’accompagnement, la femme est guérie, vit sa vie, est heureuse et n’a plus besoin de moi. Car cela signifie que les objectifs sont atteints et que mon travail est fait.

Peut-être qu’un jour arrivera et toutes les femmes vaginiques seront guéries. Ne te sens-tu pas menacée par cela ?

C’est justement mon rêve qu’il n’y ait plus de femmes vaginiques, qu’elles guérissent toutes, qu’elles soient confiantes et heureuses. Je ne ressens aucune insécurité vis-à-vis de cela, au contraire ! Si ce jour arrive, cela voudrait dire que ma mission sur terre est accomplie. Dans la réalité, des femmes vaginiques seront toujours présentes. En effet, aucune femme n’est à l’abri du vaginisme secondaire voire primaire. Le vaginisme secondaire, c’est un vaginisme qui peut intervenir à tout moment. Une femme peut avoir une vie sexuelle normale pendant des années et du jour au lendemain, le blocage apparait.

Le programme d’accompagnement en détail

Mame propose un programme complet d’une durée de 3 mois. L’objectif est de permettre à la femme de dépasser sa peur de la pénétration. Elle utilise des outils tirés du coaching et des neurosciences. Elle est également formée à l’hypnose.

En effet, la prise en charge du vaginisme se doit d’être holistique, globale. Il est important de travailler en profondeur quatre (4) éléments pour guérir ; ce sont le corps, l’esprit, les émotions et l’âme.

Concrètement, pour le corps, il s’agit de travailler avec des dilatateurs vaginaux. Les émotions quant à elles, se concentrent sur la peur de la douleur. D’où ça vient ? Qu’est-ce que la douleur ? …

Concernant l’accompagnement psychique et psychologique (esprit et âme), très souvent, les femmes vaginiques ont des choses à régler avec elles-mêmes. Elles ont besoin de guérir de l’intérieur et de déconstruire les croyances limitantes concernant leur corps de femme, la sexualité, la vision du couple. Mais il y a un travail à faire aussi sur la féminité, la confiance en soi, les blessures du passé car beaucoup de femmes vaginiques ont déjà été victimes de traumatismes (des violences sexuelles et mutilations génitales).

Concrètement, les femmes bénéficient d’un suivi toutes les semaines, en contact constant avec l’équipe pour poser des questions. Elles ont des exercices (écrits, de visualisation, des audios) et aussi des exemples concrets de la vie quotidienne.

Elles ont aussi un groupe d’échange et de soutien dont le but est de sortir de l’isolement et de libérer la parole. Souvent, les femmes qui vivent le vaginisme se sentent anormales et n’osent pas en parler à l’entourage. Quand elles le font, l’entourage ne comprend pas, minimise, banalise leur problème. En définitif, le groupe permet de parler librement sans avoir peur du jugement, à d’autres femmes qui vivent la même problématique et d’avoir des solutions concrètes.

Combien de clientes as-tu ?

Tout dépend des périodes. En général, nous avons 20-25 femmes sur une période de 3 mois. Sachant qu’elles guérissent, des nouvelles arrivent et prennent le relai. Nous ne cherchons pas la quantité pour ne pas négliger et impacter la qualité de la prise en charge. Mes accompagnatrices ont un groupe de 7/8 personnes en moyenne, 10 au maximum.

Tu as parlé des causes du vaginisme. En voyant ton histoire, suite à ta culture, on ressent comme un blackout sur la sexualité et énormément de tabous. Est-ce que tu les retrouves souvent avec tes clientes ? Ces similitudes reviennent-elles parfois ?

« Oui complètement ! Mes patientes, c’est tout moi, mais 6 ans en arrière ». Si elles viennent vers moi, c’est parce qu’elles se reconnaissent à travers mon histoire. Ce qui me donne encore plus de force de les aider. J’ai fait ce chemin et sais donc comment les amener à la guérison. Je leur dis toujours : « Mais vous aussi vous pouvez devenir inspirante et rayonnée. Il y a quelques années, j’étais exactement à votre place voire même, pire ». Des similitudes apparaissent car nous partageons les mêmes problématiques notamment concernant le rapport à la culture, la sacralisation de la virginité, les peurs liées à la sexualité… Ces femmes ont besoin de déconstruire toutes les idées et les pensées limitantes sur la sexualité.

L’activité est dématérialisée, se déroule-t-elle sur internet ou y a-t-il des locaux ?

Nous avons des locaux fixes près de Lille dans mon cabinet pour celles qui vivent près de la région. Mais le programme a été conçu pour être en ligne, à distance. C’est une volonté de ma part, je ne voulais pas que la distance géographique soit une contrainte. C’est ce qui me permet aujourd’hui d’avoir des patientes partout dans le monde. Je ne voulais pas me limiter aux femmes de ma région ou de la France mais aider le maximum de femmes. Avec les outils numériques, la communication est simplifiée (Zoom pour les séances de coaching, WhatsApp pour le groupe d’échange…). Si jamais, une femme a une difficulté avec le numérique, l’équipe la guide. Les appels téléphoniques sont également possibles.

fin de la première partie du portrait

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