Pour Prudence et nos sœurs africaines réduites en esclavage domestique #FreePrudence

24 septembre. Il est 3 heures du matin, n’arrivant pas à dormir je jette un coup d’œil sur Facebook et y découvre sur la page FED Organisation Non Gouvernementale la vidéo de Prudence Kenembeni. Cette courageuse femme camerounaise lance un appel à l’aide pour qu’elle et ses compagnes de réussissent à quitter le Koweït.

Après avoir été encouragées à quitter le Cameroun pour travailler au Koweït, ces femmes ont découvert l’enfer que vivent malheureusement de nombreuses femmes et hommes noir.e.es dans les pays du monde arabe.

«En été je dormais au balcon, en hiver dans le salon, devant la porte puisqu’il y avait le chauffage»

Rachel, Togolaise de 24 ans (source Slate)

Au lieu de postes d’employées de maison et de conditions de travail dignes promis par leurs propres compatriotes, c’est une situation d’esclavagisme domestique que ces femmes ont rencontré. Les familles qui les ont achetées les font travailler jusqu’à 20 heures par jour, leur font subir des actes de violences que Prudence qualifie elle-même de torture et confisquent les passeports.

Des filières de recrutement dans les pays d’origine aux familles qui achètent une main d’œuvre sans leur accorder le moindre droit, c’est tout un système qui est organisé pour flouer ces femmes et les contraindre à rester sous le contrôle de leurs abuseurs.

  • ce système ce sont celles et ceux qui organisent ces voyages en s’appuyant sur des complicités dans les administrations et services d’Etat.
  • ce système ce sont des pays du monde arabe tels que le Qatar, le Koweït ou le Liban qui utilisent la kafala* comme système esclavagiste.
  • ce système c’est l’échec des associations de droits humains, des autorités internationales et des pays hôtes à offrir un cadre sécuritaire à des travailleuses et travailleurs.
  • ce système c’est l’échec des pays d’origine à détruire la corruption et à protéger leurs ressortissant.e.s sur leurs propres territoires comme à l’étranger.

* « Kafala est un système de parrainage des travailleurs migrants qui exige qu’un migrant soit sponsorisé par un citoyen avant de pouvoir immigrer et travailler dans le pays en question. Le système Kafala confère des pouvoirs énormes aux employeurs qui détiennent le contrôle absolu sur les mouvements des travailleurs. », Farida Nabourema

Pourtant des initiatives existent et un travail de prévention est fait par de nombreuses associations. En 2013, l’Ethiopie a interdit tout émigration de travail afin de lutter contre l’exploitation de ses ressortissant.e.s à l’étranger. Cette mesure extrême vient cependant de prendre fin.

D’autres pays ont pris des dispositions similaires, souvent temporaires, comme par exemple la Cote d’Ivoire ou les Philippes car des pays d’Asie sont également victimes de ces phénomènes.

Des associations font un travail de prévention et d’accompagnement des victimes. C’est ce que révèle d’ailleurs Prudence dans la vidéo puisqu’elle indique être dans un refuge avec plusieurs autres femmes. Ce refuge a lancé les procédures afin qu’elles puissent retourner au Cameroun cependant ces procédures sont longues, la procédure concernant Prudence est en cours depuis déjà 5 mois.

Ce ne sont pourtant pas les premiers cas médiatisés. En avril 2017, une vidéo faisait déjà le tour du monde. On y voyait une femme koweitienne filmer son employée de maison éthiopienne suspendue à la fenêtre. Cette femme essayait d’échapper aux coups de sa geôlière et a miraculeusement eu la vie sauve après une chute de 7 mètres. Cette année, au Liban c’est un militaire qui agressait publiquement 2 femmes kenyanes. Toujours en 2018 et cette fois au Koweït, le cadavre d’une femme philippine a été découvert dans un congélateur. Les auteurs de crime un couple libano-syrien ont été condamnés à mort après une crise diplomatique entre les Philippes et le Koweït.

« L’exploitation des travailleurs domestiques, en partie imputable à des lacunes dans les législations nationales du travail, est souvent le reflet de discriminations fondées sur le sexe, la race et la caste », source OIT (Organisation internationale du travail)

Il est urgent de soutenir la lutte contre ces méfaits, de dénoncer publiquement les pays cautionnant ces pratiques et ceux échouant à protéger leurs ressortissant.e.s.

Nous assurons un soutien sans faille à toutes personnes survivantes de situations d’esclavage et exhortons les autorités camerounaises et koweitiennes à organiser le rapatriement d’urgence de Prudence et de ses sœurs.

Nous exigeons que des mesures efficaces et pérennes soient mises en place par l’ensemble des acteurs (pays hôtes, pays d’origine, autorités internationales) afin de faire cesser sans délai toute réduction d’êtres humains en esclavage.

Des mobilisations sont organisées partout dans le monde :

  • sur les réseaux sociaux
  • devant les ambassades du Koweït à Abidjan (Cote d’Ivoire) et Paris (France).

Suivez les réseaux sociaux pour connaitre les prochaines manifestations.

Liste non exhaustive d’associations

Liban 🇱🇧

International

A lire sur le sujet

Le travail domestique au Moyen-Orient ou l’esclavage moderne, Farida Bemba Nabourema

Les domestiques au Liban, un esclavage qui ne dit pas son nom, Slate

L’Ethiopie interdit à ses travailleurs de s’expatrier, RFI

Au Liban, les travailleuses domestiques sont-elles des esclaves modernes ?, Respect Mag

#PortraitAfroFem Michèle Crépin, autrice de « Et j’ai gardé mon afro pour mieux danser sur la tête »

Ce n’est pas parce que je suis invalide que je dois m’arrêter de vivre. J’ai des choses à dire, je les formule par écrit. Cela fera une trace de mon histoire que je transmettrai à mes enfants.

– Michèle Crépin

extrait jai gardé mon afro - couverture

En juin 2018 est sorti le livre Et j’ai gardé mon afro pour mieux danser sur la tête publié au Lys Bleu. Michèle nous parle de son parcours entre revendications culturelles et combat contre la maladie.

Née au début des années 70 à Paris, Michèle a connu l’avènement du hip hop sur la scène parisienne. Elle s’est immédiatement identifiée au mouvement car elle connaissait à cette époque peu de référent.e.s culturel.le.s noir.e.s.

Devenue mère de deux enfants, c’est à l’occasion d’une discussion avec son fils, qui posait des questions sur l’arrivée des français.e.s caribéen.e.s dans l’hexagone, qu’elle s’est demandée pourquoi s’identifier à des référent.e.s américain.e.s. Michèle a ainsi commencé des recherches sur l’histoires des antillais.e.s.

Sa passion pour le hip hop ne s’était cependant pas tarie et elle a eu l’occasion de découvrir la série The Get Down sur recommandation de son fils. Série qui l’a immédiatement replongée dans ses années d’adolescence.

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The Get Down

Cette découverte télévisuelle couplée à un travail sur l’identité caribéenne lui ont tout d’abord donné envie de faire un film consacré à ses découvertes. Cela lui paraissait cependant trop ambitieux et ayant suivi le parcours d’Amandine Gay et Ouvrir le Voix elle a réalisé les freins à l’accomplissement d’un tel projet. C’est ainsi qu’elle s’est dirigée vers l’écriture d’un roman grandement inspiré de sa propre vie.

Et j’ai gardé mon afro pour mieux danser sur la tête raconte l’histoire d’Axelle, quarantenaire d’origine caribéenne qui redécouvre la musique de sa jeunesse et revit la difficulté de trouver sa place en tant que femme caribéenne vivant dans l’hexagone.

Et j’ai gardé mon afro pour mieux danser sur la tête
extrait Et j’ai gardé mon afro pour mieux danser sur la tête Michèle Crépin enfant

Au delà d’une quête identitaire et d’un parcours initiatique musicale, le portrait de Michèle est également celui d’une femme luttant contre la maladie et le handicap invisible.

Diagnostiquée de 2 maladies orphelines, elle a du faire face pendant de longs mois au manque d’empathie des soignant.e.s qui niaient les symptômes dont elle souffrait.

Cette situation a entrainé un retard dans le diagnostic de sa maladie et c’est après une bataille de 2 ans contre le corps médical qu’elle a pu obtenir la prise en charge adéquate.

Sa situation professionnelle a pâti de cette situation même si la majorité de ses collègues ainsi que son employeur (du moins dans un premier temps) l’ont soutenue dans cette épreuve. La relation était cependant plus complexe avec le Médecin Conseil de la Sécurité Sociale dont les décisions remettaient en question le fait qu’elle puisse reprendre une activité professionnelle au moins partielle.

Après 3 années d’arrêt de travail, Michèle a finalement été licenciée.

Michèle dénonce la perception du handicap invisible. Titulaire d’une carte de priorité et de stationnement, elle avoue ne pas les utiliser systématiquement car elle est souvent dévisagée par des personnes qui remettent en question la légitimité du document.

Elle alerte également sur la santé gynécologique et sur les limites de la prévention pour les personnes en situation de précarité. Diagnostiquée d’une lésion de haut grade après avoir été alertée par les résultats d’un frottis du col de l’utérus, Michèle s’inquiète du risque de non diagnostic ou de retard de diagnostic pour celles n’ayant pas les moyens de financer les frottis.

note : depuis mai 2018, les personnes n’ayant pas eu de frottis depuis 3 ans seront invitées à le réaliser gratuitement.

note 2 : je n’ai pas trouvé d’information sur un lien entre le cancer du col de l’utérus et la race en France. il existe cependant des études réalisées aux Etats Unis démontrant que la maladie ne touche pas de la même manière les femmes noires et les femmes blanches. Il n’est cependant pour le moment pas précisé si les causes de cet écart sont liées à la race ou à la classe sociale (ces deux états étant cependant liés).

Michèle a encore de nombreux projets d’écriture et n’abandonne pas son projet de film !
liens utiles

Et j’ai gardé mon afro pour mieux danser sur la tête

Fibromyalgie France

Maladie de Tarlov

Cancer du col de l’utérus

Péyi an nou » de Jessica Oublié et Marie-Ange Rousseau, soutenu par le Conseil départemental, remporte le prix du livre politique de France Culture, Outremer News

Tribune – Les filles et les femmes noires face à la santé en France

Nous, organisations et militantes afroféministes basées en France, souhaitons par cette tribune médiatiser les besoins des filles et femmes noires en matière de santé.

De par notre position militante, nous sommes sensibles à cette question que nous abordons par le prisme de nos vécus personnels, des témoignages que nous avons recueillis et de nombreuses études dont nous avons pris connaissance.

Nous appelons l’ensemble des acteurs du système de santé ainsi que les chercheuses et chercheurs à multiplier les études afin d’analyser la manière dont interagissent entre eux les sujets de santé, les facteurs sociaux tels que les inégalités et les événements de la vie des filles et femmes noires.

Nous appelons les responsables du système de santé à mettre en place des plans d’actions, mesurables sur la durée, allant de l’amélioration de la formation des professionnel-le-s de santé sur ces questions au renforcement des conditions de contrôle et de recours.

Nous souhaitons ainsi répondre à un double objectif :

  • donner la parole à ces filles, ces femmes afin qu’elles sachent qu’elles ne sont pas les seules à s’interroger et qu’elles sont tout à fait légitimes à s’exprimer sur leurs expériences personnelles ainsi qu’à revendiquer une amélioration de l’application de leurs droits
  • renforcer la prise en charge des personnes malades, notamment les plus précaires, et leur assurer des soins ainsi qu’un accompagnement social qui prennent en compte toute la dimension de leurs situations.

Certain-e-s seront surement étonné-e-s de notre démarche, pourtant nous savons que cette question revêt un caractère systémique et est éminemment structurante pour nos communautés dans lesquelles la précarité reste un frein majeur à l’accès aux soins.

Qu’il s’agisse par exemple de la prise en charge des femmes enceintes drépanocytaires, du recours plus élevé aux césariennes, de la prévalence du fibrome ou encore de l’accompagnement médical des femmes migrantes, de nombreuses situations doivent être analysées de manière intersectionnelle afin de comprendre les imbrications entre la maladie, le genre, la race, la classe sociale et toute autre discrimination qu’elle soit par exemple d’orientation sexuelle ou de handicap.

Nous n’oublions pas la situation de nos sœurs des dits Outre-mer où la situation est particulièrement inquiétante comme le pointent les associations féministes locales.

Les régions des dits Outre-mer subissent les conséquences de politiques néfastes (chlordécone, CHU de la Guadeloupe, désertification médicale à Mayotte…) et plus particulièrement celles de la précarité, les régions d’Outre-mer figurant dans la liste des régions françaises les plus pauvres.

Le système dans lequel nous vivons affecte notre accès aux soins quand par exemple nous vivons dans des quartiers défavorisés dans lesquels les services médicaux sont surchargés, que des décisions médicales ou paramédicales sont influencées par des préjugés raciaux ou que les politiques sécuritaires font peser le spectre du fichage.

Nous soutenons toute initiative permettant de mettre en lumière ces différentes situations et vous appelons, filles, femmes noires et afrodescendantes, à vous saisir de l’enquête coordonnée par le Mouvement comme une opportunité de témoigner de situations de discrimination que vous avez pu vivre dans des services d’urgences médicales.

Qu’il s’agisse de discriminations liées à la race, le genre, la classe sociale, l’appartenance religieuse ou le handicap, n’hésitez pas à témoigner et soyez assurées de notre volonté ferme de faire entendre vos voix au travers des actions que nous mettons en place au sein de nos différentes organisations militantes.

Les organisations et militantes afroféministes

Collectif Afro-Fem
Parlons des Femmes Noires
Amandine Gay, réalisatrice
Clem’, créatrice de la chaîne YouTube « Keyholes & Snapshots »
AM’A (Amazones d’Afrique)
Collectif Sawtche
Mrs Roots, blogueuse et auteure afroféministe
Le Réseau des Femmes Afrodescendantes
Dieretou Diallo, Blogueuse, activiste, militante pour les droits des femmes en Guinée
Mwasi-collectif Afroféministe
Fania Noel – Militante afroféministe et panafricaine

Les RDVSEXCARE

Les soutiens*

Françoise Vergès
Estelle Prudent
Yolande Libène
Capucine Légelle, journaliste et membre de l’APIPD (Association pour l’information et la prévention de la drepanocytose)
Hélène Faussart – Les Nubians
Association Makeda Saba – AMS
Rokhaya Diallo journaliste et réalisatrice
Perspective, collectif militant pour l’accès aux soins et droits en santé mentale des populations non-blanches et contre les violences institutionnelles

L’AMECAS (Amicale des Étudiants Caribéens Africains et sympathisants)

* sont considérées comme « soutiens à la tribune » les personnes signataires hors mouvement afroféministe

L’enquête

formulaire d’enquête (ouvert jusqu’au 29/06/2018)
article de Lison Verriez pour France Info

Organisations contribuant à l’enquête
Le Mouvement, le CRAN, Françoise Vergès, Collectif Afro-Fem, Réseau Classe/Genre/Race, Collectif : Féministes contre le cyberharcèlement, Paye ta Shnek, Paye ta police, le Collectif Lutte et Handicaps pour l’Egalité et l’Emancipation, Lallab, Alice Coffin

Contact Presse

Estelle Marguerite, 07 82 32 57 37 – estelle.afrofem@gmail.com
Collectif Afro-Fem et Parlons des Femmes Noires

Le CRAN et le collectif AfroFem innovent en créant une permanence d’aide sociale afroféministe

Communiqué de presse

samedi 31 mars 2018

collectif AfroFrem

Fondé en 2012 et regroupant une dizaine de militantes en France et en Belgique, le collectif AfroFem s’appuie sur la structure du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires de France) afin de créer cette permanence d’accompagnement des femmes en situation de précarité, subissant des discriminations ou des actes de violence.

Luttant contre les discriminations s’articulant autour des facteurs de race, de genre et de classe sociale, le collectif AfroFem place grâce à l’analyse intersectionnelle la sécurité, l’émancipation et la valorisation de femmes noires au cœur de son action.

Créée en 1989 par l’avocate féministe américaine Kimberlé Crenshaw, l’intersectionnalité délivre des clefs pour tenir compte des situations d’oppressions multiples non comme étant des discriminations se cumulant entre elles mais comme des réalités spécifiques dont les tenants sont indissociables les uns des autres.
C’est ainsi que l’on ne peut considérer que les femmes noires sont victimes de racisme et de sexisme mais qu’elles vivent un sexisme racialisé (ou un racisme misogyne) qui leur est spécifique.

Contacté à plusieurs reprises par des femmes ne sachant pas vers quelle structure se diriger ou n’osant parfois pas en faire seules la démarche, le collectif a détecté le besoin d’un accueil supplémentaire afin de les mettre en confiance.

« Cette initiative nécessaire est de nature à renforcer la protection des femmes à la fois par le racisme, le sexisme, et la précarité « , a déclaré Aziza De Niamkoko, coordinatrice de cette permanence.

Ce travail n’a pas vocation à remplacer les services sociaux mais d’apporter un premier niveau d’écoute et de conseils avant d’orienter et d’accompagner, quand cela s’avèrera nécessaire, ces femmes vers les structures spécialisées.

Aussi cette permanence, réalisée sous le pilotage du collectif AfroFem, s’appuiera sur un réseau de professionnelles bénévoles issues des secteurs de l’aide sociale ainsi que des métiers juridiques et médicaux.
Ces professionnelles sauront déterminer les besoins de ces femmes, quelles solutions d’accompagnement seront les plus adaptées et comment les mettre en œuvre.

L’ambition de cette équipe est d’être pluridisciplinaire et de pouvoir intervenir dans l’accompagnement des problématiques de logement, de droit des étrangers, de discriminations (accès à l’emploi…), de violences dans le couple, de violences sexuelles, d’accès aux soins (ouverture de droits, orientation vers les services spécialisés…).

La permanence sera réalisée mensuellement, chaque premier samedi du mois de 10h30 à 13h30, dans les locaux de la Maison des Associations du 11ème arrondissement de Paris et sera entièrement gratuite.

La première permanence aura lieu le samedi 7 avril 2018 de 10h30 à 13h30.

Maison des associations du 11ème 8 rue Général Renault 75011 PARIS
métro : Voltaire et Saint-Ambroise (ligne 9) ; bus : arrêt Chemin vert ligne 46, 69 ou arrêt Léon Blum ligne 56

« Le CRAN soutient sans réserve cette initiative du collectif AfroFem », a conclut Ghyslain Vedeux Administrateur du CRAN.

Pour contacter le collectif

Aziza, coordinatrice de la permanence sociale
téléphone : 06 17 30 38 79 e-mail : afrofem.permanence@outlook.fr

Audy YOULOU, chargée de projets afroféministes
e-mail : afrofem.permanence@outlook.fr

Estelle MARGUERITE, chargée de projets afroféministes, rédactrice de Parlons des Femmes Noires
téléphone : 07 82 32 57 37 e-mail : estelle.afrofem@gmail.com
twitter @PDFemmesNoires linkedIn : Estelle Marguerite

Le collectif AfroFem sur les réseaux sociaux

facebook : Afro-Fem twitter : @Afrofem1 blog : afrofem.com
instagram : afrofemmag pinterest : afrofemmag linkedIn : Afro-Fem

Guyane – Henriette Henry, traitée de négresse au travail et convoquée en commission de discipline pour racisme.

Henriette Henry est une inspectrice du travail originaire de Guyane. Après quelques années dans l’hexagone, elle a pu bénéficier d’une mutation pour rentrer dans sa région.
Pendant cinq ans, elle a été victime d’injures et de harcèlement.

photo d’illustration

Un jour de 2016, elle a entendu sa collègue la qualifier de « négresse » et lasse des brimades a répondu.

cela faisait cinq ans que je ne répondais pas, et j’y suis retournée après pour lui dire que ce n’était plus possible ».

sa réponse : « je lui ai dit devant tout le monde que j’étais ici chez moi, que je n’en pouvais plus ».

Ce sont ces propos qui lui valent un passage en commission de discipline pour… discrimination.

Elle a répondu à des insultes racistes en affirmant sa légitimité sur le territoire guyanais et se retrouve prise dans une procédure obscure qui lui fait risquer une rétrogradation et une suspension pouvant aller jusqu’à 2 ans.

L’autrice du « négresse » qui harcelait Henriette Henry depuis des années, a été sobrement changée de service mais semble malgré tout devoir finalement bientôt s’expliquer dans une commission de discipline.

Cette histoire est vraiment révoltante, Henriette Henry devrait être protégée à triple titre :

  • en tant que syndicaliste puisque ce biais semble également présent dans cette histoire grotesque (voir article du point)
  • en tant que femme noire puisque qu’appartenant à la fois à un groupe victime de misogynie et de sexisme au travail et à un groupe victime de racisme toujours en contexte professionnel
  • en tant qu’employé-e d’une institution française (a fortiori l’inspection du travail…) qui devrait plus encore que d’autres employeurs garantir, protéger et défendre le bien-être de ses salariés

Et je n’évoque même pas la protection des salariés d’outre-mer en contexte néo-colonialiste…

Ces derniers jours, nous avons vu sur la télévision publique française une Nathalie Sarraute utiliser le terme « négresse » sans que l’animatrice Anne-Élisabeth Lemoine ou le chroniqueur Antoine Genton ne réagissent.

Rappelons-nous d’Elise Lucet pouffant face à un Jean-Paul Guerlain se demandant si les nègres avaient déjà travaillé ou de la ministre Laurence Rossignol utilisant les noirs américains pour illustrer ses propos contre le port du voile.

« J’ai travaillé comme un nègre, je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… », Jean-Paul Guerlain, JT de France 2 (2010)

« il y avait bien « des nègres américains qui étaient pour l’esclavage. », la ministre Laurence Rossignol, BFM TV (2016)

Les services publics devraient être exemplaires sur les questions des discriminations. Pourtant ce genre de situation revient régulièrement dans l’actualité qu’il s’agisse des services de police ou de gendarmerie, des médias publics, de politiques ou d’autres institutions.

Ici des injures racistes et misogynes, là de la discrimination sexiste et raciste, ailleurs du harcèlement moral sur fond de racisme, misogynie quand d’autres oppressions ne se cumulent pas !

Le collectif AfroFem apporte tout son soutien à Henriette HENRY dont le courage et la ténacité dans cette situation sont remarquables.

sources

Guyane: mobilisation pour une inspectrice du travail sur fond de discrimination, Le Point (17 avril 2017)

Sa hiérarchie la traite de « négresse », elle réplique : une inspectrice du travail en commission de discipline, France inter (20 avril 2017)

Pétition pour la guyanaise Henriette, adressée à la ministre du travail, 97land (18 avril 2017)

Victime de discrimination raciale, elle se retrouve accusée de racisme, CGT

mise à jour le 20/04/2017 à 20h30 pour ajout des liens 97land et CGT