Serena Williams, du misogynoir jusque dans la grossesse

Joueuse de tennis ayant remporté 39 Grand Chelems, Serena Williams a officialisé il y a quelques mois sa relation avec l’un des fondateurs du site Reddit.

Elle vient d’annoncer que le couple attend son premier enfant et cette nouvelle été accompagnée de centaines de commentaires misogynoiristes.

misogynoir : misogynie spécifique en direction des femmes noires mixant sexisme et racisme. voir article de Mrs Roots

L’annonce d’une grossesse est généralement un événement heureux même si les premières semaines sont angoissantes pour beaucoup de femmes.

D’ailleurs, certaines attendent la fin du premier trimestre voir quelques semaines de plus avant de faire cette annonce à leurs proches ou, pour les femmes les plus célèbres, de médiatiser cette information.

Serena Williams annonce sa grossesse
source : Snapchat Serena Williams

C’est à son 4ème mois de grossesse que Serena Williams a choisi d’informer le monde de sa grosseesse par le biais d’une photo publiée sur Snapchat.

Etant donné sa célébrité et son aura, des milliers d’articles ont suivi cette médiatisation.

Comme toujours, les articles relayés sur les réseaux sociaux font réagir les internautes et ceux ci n’ont pas manqué à la règle. Beaucoup de commentaires pour la féliciter mais hélas également pour l’insulter.

de la négation de la beauté à la négation du genre féminin

Entendons-nous bien, les préférences physiques sont personnelles (même si l’on pourrait avoir toute une conversation sur la manière dont elles sont induites mais c’est un autre sujet) et chaque personne devrait pouvoir exprimer librement ces préférences.

Il y a cependant un monde entre l’expression d’une préférence du type « je préfère les femmes longilignes » et le rabaissement du physique d’une personne.

D’autant plus quand ces critiques négatives ne sont rien d’autre que l’expression de préjugés sexistes et racistes à l’encontre des femmes noires. Ces fameuses femmes noires à qui l’on nie toute beauté dès lors qu’elle ne cadre pas avec l’aspect physique que l’on autorise à avoir et que l’on attend d’elles.

Le physique de Serena Williams ne se ressemble pas à ce que l’on attend communément des femmes. Sa musculature, qui lui permet pourtant de gagner tous les titres pour lesquels elle est célébrée, est décriée et son physique est dans son ensemble jugé trop masculin (morphologie, musculature, traits du visage). J’avais même eu l’occasion de lire des commentaires comparant son physique à celui de sa sœur, Vénus, qui est moins massif. Comment peut-on ainsi opposer deux femmes et a fortiori 2 sœurs ?

Ces critiques sur ce physique jugé trop musculeux font le lit de ceux qui nient à Serena Williams le genre féminin. Très musclée, donc virile donc pas femme donc homme (paye ta binarité au passage).

Je n’exagère pas, c’est la synthèse de commentaires empreints de culture transphobe (qui vise pourtant les personnes transgenres) que j’ai pu lire :

  • « tiens, c’est donc une femme finalement ? » (notez le « c’est » déshumanisant)
  • « il (son compagnon) s’est trouvé un mari »

Je trouve honteux de lire ce genre de commentaires méprisants et inhumains. A croire que tout est prétexte à moqueries et qu’à aucun moment on n’en vient à s’interroger personnellement sur ce que l’on véhicule au travers de ce genre de propos à savoir la haine de ce qui n’entre pas dans sa manière de voir la vie.

le rejet de la mixité et du métissage

L’un des autres axes d’insultes que j’ai pu lire concernant cette grossesse concerne le fait que l’enfant à venir sera métis, son père étant d’origine arménienne.

Pour une fois, j’ai eu le plaisir de ne pas avoir à supporter des dizaines de commentaires cucul la praline en mode « c’est formidable, le métissage est l’avenir de l’humanité » qui donnent à supposer que le métissage est une solution au racisme, qu’il est inéluctable ou que la beauté des enfants métis est supérieure.

Mais ce plaisir était de courte durée quand j’ai lu les dizaines de commentaires insultant Serena Williams pour avoir trahi les Noir-e-s. Car Serena Williams est une militante en faveur des droits des Noir-e-s et beaucoup d’entre nous l’ont soutenue lorsqu’elle était attaquée sur son physique (qui est d’ailleurs très apprécié de beaucoup d’hommes noirs).

Même si je peux dire que je n’y suis pas favorable à titre personnel, je ne souhaite pas m’étaler sur mes convictions personnelles concernant la mixité et le métissage car ce n’est pas le sujet. Cependant je constate que cette injonction à l’allégeance raciale est néfaste quant elle en vient à générer un flot d’insultes continuelles à l’encore d’une femme et encore plus d’une femme enceinte.

Comment peut-on disqualifier et harceler ainsi une femme noire parce que ses choix personnels (je ne fais pas partie des personnes qui pensent que l’amour nous tombe dessus) vont à l’encontre de ce que l’on prône ?

Comment peut-on se dire pro-noir-e-s quand on se permet d’insulter une femme noire dès lors qu’elle n’entre pas dans les critères de respectabilité que l’on suit ?

Je dis souvent que lorsque l’on se présente comme étant une personne qui respecte les femmes, on se doit de respecter toutes les femmes y compris quand elles ont un comportement dont la moralité nous irrite.

Le respect des droits des femmes ne se fait pas à la carte. Du moins, il ne devrait pas se faire à la carte.

Heureusement, Serena Williams est forte et plus forte encore depuis qu’elle est enceinte comme elle le dit elle-même.

Mon cher bébé, tu me donnes la force que je ne pensais pas avoir. Tu m’enseignes la vraie signification de la sérénité et de la paix. Je suis impatiente de te rencontrer.

Je ne peux plus attendre que tu rejoignes le court de tennis l’an prochain. Mais plus important, je suis très heureuse de partager le fait que je sois N°1 mondiale avec toi… une fois de plus et le jour de l’anniversaire d’Alexis Ohanian.

De la plus vieille numéro 1 au plus jeune numéro 1.

Ta maman

Il va lui en falloir de la force pour supporter toutes ses insultes…

La grossesse est un moment privilégié dans la vie d’une femme, c’est ainsi dans toutes les cultures noires qui sacralisent la femme enceinte et le statut de mère.

Je comprends et soutiens certaines convictions mais jamais l’acharnement sur une femme enceinte. C’est juste indigne, ce quelle que soit sa couleur de peau, et cela va à l’encontre du respect des femmes et des mères que nous avons l’habitude de prôner.

 Je souhaite à Serena Williams une merveilleuse grossesse, un enfant en bonne santé et si elle le souhaite ensuite un bon retour dans les compétitions tennistiques !

Guyane – Henriette Henry, traitée de négresse au travail et convoquée en commission de discipline pour racisme.

Henriette Henry est une inspectrice du travail originaire de Guyane. Après quelques années dans l’hexagone, elle a pu bénéficier d’une mutation pour rentrer dans sa région.
Pendant cinq ans, elle a été victime d’injures et de harcèlement.

photo d’illustration

Un jour de 2016, elle a entendu sa collègue la qualifier de « négresse » et lasse des brimades a répondu.

cela faisait cinq ans que je ne répondais pas, et j’y suis retournée après pour lui dire que ce n’était plus possible ».

sa réponse : « je lui ai dit devant tout le monde que j’étais ici chez moi, que je n’en pouvais plus ».

Ce sont ces propos qui lui valent un passage en commission de discipline pour… discrimination.

Elle a répondu à des insultes racistes en affirmant sa légitimité sur le territoire guyanais et se retrouve prise dans une procédure obscure qui lui fait risquer une rétrogradation et une suspension pouvant aller jusqu’à 2 ans.

L’autrice du « négresse » qui harcelait Henriette Henry depuis des années, a été sobrement changée de service mais semble malgré tout devoir finalement bientôt s’expliquer dans une commission de discipline.

Cette histoire est vraiment révoltante, Henriette Henry devrait être protégée à triple titre :

  • en tant que syndicaliste puisque ce biais semble également présent dans cette histoire grotesque (voir article du point)
  • en tant que femme noire puisque qu’appartenant à la fois à un groupe victime de misogynie et de sexisme au travail et à un groupe victime de racisme toujours en contexte professionnel
  • en tant qu’employé-e d’une institution française (a fortiori l’inspection du travail…) qui devrait plus encore que d’autres employeurs garantir, protéger et défendre le bien-être de ses salariés

Et je n’évoque même pas la protection des salariés d’outre-mer en contexte néo-colonialiste…

Ces derniers jours, nous avons vu sur la télévision publique française une Nathalie Sarraute utiliser le terme « négresse » sans que l’animatrice Anne-Élisabeth Lemoine ou le chroniqueur Antoine Genton ne réagissent.

Rappelons-nous d’Elise Lucet pouffant face à un Jean-Paul Guerlain se demandant si les nègres avaient déjà travaillé ou de la ministre Laurence Rossignol utilisant les noirs américains pour illustrer ses propos contre le port du voile.

« J’ai travaillé comme un nègre, je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… », Jean-Paul Guerlain, JT de France 2 (2010)

« il y avait bien « des nègres américains qui étaient pour l’esclavage. », la ministre Laurence Rossignol, BFM TV (2016)

Les services publics devraient être exemplaires sur les questions des discriminations. Pourtant ce genre de situation revient régulièrement dans l’actualité qu’il s’agisse des services de police ou de gendarmerie, des médias publics, de politiques ou d’autres institutions.

Ici des injures racistes et misogynes, là de la discrimination sexiste et raciste, ailleurs du harcèlement moral sur fond de racisme, misogynie quand d’autres oppressions ne se cumulent pas !

Le collectif AfroFem apporte tout son soutien à Henriette HENRY dont le courage et la ténacité dans cette situation sont remarquables.

sources

Guyane: mobilisation pour une inspectrice du travail sur fond de discrimination, Le Point (17 avril 2017)

Sa hiérarchie la traite de « négresse », elle réplique : une inspectrice du travail en commission de discipline, France inter (20 avril 2017)

Pétition pour la guyanaise Henriette, adressée à la ministre du travail, 97land (18 avril 2017)

Victime de discrimination raciale, elle se retrouve accusée de racisme, CGT

mise à jour le 20/04/2017 à 20h30 pour ajout des liens 97land et CGT

#8mars8femmesnoires – Moune de Rivel (Guadeloupe)

A l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le collectif AfroFem a choisi de mettre à l’honneur des portraits de femmes noires.
J’ai pour ma part choisi de rendre hommage à l’artiste guadeloupéenne Moune de Rivel, décédée en mars 2014 au bel âge de 96 ans.

s_164732mounede777Surnommée La Grande Dame de la Chanson Créole, Moune de Rivel est née à Bordeaux le 7 janvier 1918 de parents guadeloupéens.

Son père, Henri Jean-Louis Baghio’o, était magistrat (premier magistrat noir des Antilles françaises) et un fervent militant panafricain, anticolonialiste et indépendantiste tandis que sa mère, Fernande De Virel, était professeure de musique et récipiendaire d’un premier prix de violon ainsi que d’un second prix de piano.

C’est ainsi que Cécile Jean-Louis Baghio’o, son véritable nom, a pu bénéficier d’une culture musicale acquise auprès de sa mère et renforcée par le cercle d’ami-e-s de la famille qui recevait régulièrement des artistes créoles.

Les inspirations féminines de Moune de Rivel

L’artiste a été élevée par une mère musicienne ce qui a indéniablement joué dans son choix de carrière. Il s’agit d’ailleurs d’une tradition familiale car la grand-mère de Moune, Marie de Virel, était également chanteuse tandis que son arrière grand-père, Achille-Balthazar de Virel, était musicien.

Le choix du nom de scène de Moune de Rivel (au lieu de Virel à la suite de la plainte de la famille Dufresne de Virel) avait ainsi pour objectif de rendre hommage à sa famille maternelle.

Au delà du cercle familial, l’entourage de la petite Moune était composé de nombreux artistes dont la martiniquaise Marie-Magdeleine Carbet.

Cette dernière a également joué un rôle très important dans la vocation de représentante des cultures créoles de Moune de Rivel qui lui vouait une grande admiration.

Marie-Magdeleine Carbet était une artiste dont l’œuvre est peu connue du grand public. Née en 1902, sa carrière de professeure puis de chargée de mission culturelle pour les territoires d’outre mer a été interrompue par la suspension prononcée par le régime de Vichy.

Parallèlement à ces métiers, elle a développé une carrière artistique en tant qu’écrivaine, poétesse, peintre et sculptrice tout en étant une militante anti-raciste aguerrie.

sources Dictionnaire littéraire des femmes de langue française / A Woman’s Voice: Perspectives on Marie-Magdeleine Carbet

Une artiste aux talents multiples

Si Moune de Rivel était principalement connue pour son métier de chanteuse et de musicienne (elle jouait du piano et de la guitare, imitait les bruits de la nature et des oiseaux), elle a également brillé dans d’autres arts puisqu’elle était également actrice et peintre.

En tant qu’actrice, elle a joué dans de nombreux films à reconnaissance nationale tels que « Aux yeux du souvenir » (plus grande audience française de l’année 1948), « l’Écume des jours » (1968, inspiré du roman de Boris Vian) ou la série télévisée « Paul et Virginie » (1974).

Non contente d’être une artiste accomplie, elle a également créé en 1955 le conservatoire Moune de Rivel « Mizik an nou » afin de transmettre les patrimoines musicaux et culturels créoles et a produit des émissions télévisées culturelles pour l’ORTF (la télévision et radio française de cette époque).

La reconnaissance internationale

Si la réussite de carrière française est évidente au vu des précédents paragraphes de cet hommage, son œuvre a également rayonné au niveau international.

Elle a tout d’abord présenté son tour de chant dans un café new-yorkais avant d’apparaitre dans le documentaire « Night Club Boom » dépeignant le travail dans les cabarets de l’après guerre.

(vous pourrez la voir à partir de la 17ème minute).

Elle a ensuite parcouru quasiment tous les continents pour déployer son art.

La télévision finlandaise lui avait d’ailleurs consacré un programme nommé « Ne joue pas avec la tristesse ».

Il m’est impossible de ne pas finir cet article avec l’affirmation militante de la vie de Moune de Rivel.

En 1956 s’est tenu à Paris et  l’initiative d’Alioune Diop le premier Congrès des écrivains et artistes noir. Parmi les présents, nous retrouverons des noms familiers tels qu’Aimé Césaire, Edouard Glissant, Amadou Hampâté Bâ ou Senghor.

La participation des écrivaines et artistes noires était malheureusement très réduite mais l’on peut relever la présence notable des martiniquaises Jenny Alpha, Paulette Nardal, Jeanne Nardal, de la franco-américaine Joséphine Baker et de… la guadeloupéenne Moune de Rivel.

La notoriété de Moune de Rivel la portait également jusqu’en Afrique au point que la Haute Volta (désormais Burkina Faso) fasse appel à elle en 1960 pour participer à la création du nouvel hymne national suite à l’indépendance du pays. Elle a par la suite été faite « Chevalière de l’ordre national de la Haute-Volta ».

Citation de Moune de Rivel

En principe, j’ai presque toujours chanté les chansons de ma mère.

Que ce soit aux Antilles, en Finlande, en Afrique, en Amérique. A New York, cela surprenait d’entendre une femme noire, après l’occupation Allemande, chanter des chansons créoles.

J’ai toujours refusé de chanter du jazz. Même si j’adore cela, j’ai voulu garder mon étiquette de chanteuse de vieilles chansons créoles et mon authenticité.

Je ne chante pas de chansons modernes afin de préserver notre patrimoine. A mon retour, d’Amérique, je me suis rendue à la Martinique et je n’ai pas voulu non plus changer de répertoire.

Moune de Rivel, propos recueillis par Renée Mendy-Ongoundou pour le magazine Amina

Le très beau documentaire « La lune lévé » a rendu hommage à Moune de Rivel en 2012
Réalisateur : Barcha Bauer avec le regarde l’artiste Lisette Malidor

sources d’informations

Moune de Rivel (Guadeloupe), Acaga
Cécile Jean-Louis Baghio’o dite Moune de Rivel, Alrmab
Moune de Rivel, l’intégrale 1949 – 1962 « La Grande Dame de la Chanson Créole », Frémaux
L’audace ultramarine en hexagone : Comment s’exprime-t-elle ? Comment s’incarne-t-elle ?, le Sénat Français

Agenda – Expo-conférences « Figures de Femmes des Outre-mer, Histoire nationale, Enjeu local »

L’Histoire des Outre-mer tout comme celle des femmes sont sous-représentées en France. C’est donc dans une certaine logique que l’Histoire des Femmes des Outre-mer est majoritairement inconnue.

Pourtant, les héroïnes ne manquent pas et c’est pour réparer cette discrimination que l’association Couleurs Karayb organise du 13 au 17 décembre 2016 à Paris l’expo-conférences « Figures de Femmes des Outre-mer, Histoire nationale, Enjeu local ».

Il y a quelques semaines, j’ai un soir bondi devant mon écran en voyant apparaitre l’événement sur mon fil d’actualités Facebook.

Un événement entier consacré aux femmes des Outre-mer, quelle joie !

Cette joie n’a fait que grandir en découvrant le détail du programme, les axes présentés et la liste des intervenants. C’est avec une véritable admiration que j’ai découvert la profondeur du travail de l’association Couleurs Karayb sur ce sujet.

L’expo-conférences se déroulera du 13 au 17 décembre mais les conférences seront centralisées le vendredi 16 et le samedi 17. Pensez à prendre un jour de congé pour y assister, c’est ce que j’ai fait.

Programme des conférences

16 décembre, 10h30 – 12h30
«Au travers des personnes de La mulâtresse solitude, Marthe Rose dite Toto et Lumina Sophie, les figures de femmes de la résistance de la période esclavagiste et post-esclavagiste»

Intervenants : Gilbert Pago, Simone Schwarz-Bart, Roger Toumson, Kathleen Gyssels, Geneviève Fraisse et Marie-Prosper Eve.

Supports : Lecture et interprétation scénique de Clara Guila Kessous, mise en scène chorégraphiée de Christiane Emmanuel «Moi, Marie Philomène Roptus dite Lumina Sophie dite surprise».

17 décembre, 14h30–16h30
«L’émergence et l’affirmation d’une conscience idéologique, politique et intellectuelle au féminin».

Intervenants : Chantal Berthelot, Christiane Taubira, Marie-Claude Tjibaou et Marie-Prosper Eve.

Supports : Lecture par des acteurs de textes de Suzanne Roussi-Césaire, Paulette Nardal.

17 décembre, 10h30–12h30
«Construction, évocation et perception de l’identité de la femme des Outre-mer au travers des personnages de la littérature des auteures ultramarines de la représentation exotique à la notion de la femme poto-mitan mythe ou réalité».

Intervenants : Corinne Mencé-Caster, Marie-Ange Payet, Patricia Donatien et Myriam Cottias.
Supports : Lecture et mise en scène de textes

17 décembre, 14h30–15h30
«Affirmation du rôle, positionnement et engagement de la femme artiste aujourd’hui : l’art ultramarin doit-il être cannibale ?»

Intervenants : Valérie John, Hanétha Vété Congolo

17 décembre, 17h–18h30
Spectacle de clôture

Vous constaterez l’excellence des intervenants. Et si vous ne les connaissez pas encore toutes et tous, vous découvrirez sur place qu’il s’agit d’intervenants de choix qui connaissent parfaitement les sujets proposés et qui ont à cœur de partager leurs savoirs.

Même si je connais déjà le parcours de nombreuses de ces héroïnes, notamment les Martiniquaises et les Guadeloupéennes, j’ai encore beaucoup de choses à apprendre et j’espère pouvoir découvrir les héroïnes du Pacifique qui me sont inconnues car cela fait partie d’un de mes objectifs.

Si vous êtes intéressés par des événements afroféministes ou plus largement sur ce qui peut vous apporter des informations sur les femmes noires, je vous invite à suivre la sélection d’événements que je fais sur la page Facebook Parlons des Femmes Noires.

Vous pouvez vous abonner aux événements pour recevoir des notifications. N’hésitez pas à me signaler des événements.

Je vous donne rendez-vous le 16 et le 17 au Palais d’Iéna (Paris).

Alicia Aylies, Miss Guyane 2016, cible de commentaires racistes et misogynes

Miss France 2017 – Comme chaque fin d’année, les prévisions vont bon train sur celle qui représentera le pays pour l’année 2017. Comme chaque fin d’année les français commentent abondamment la présentation des candidates en faisant hélas trop souvent des réflexions misogynes et/ou racistes.

La présence de femmes noires au sein de l’élection est désormais un acquis. Elles sont nombreuses à voir participé à Miss France et elles ne sont plus cantonnées au seul rôle de Miss des zones d’Outre-mer.

Saviez-vous que, dans le cadre de l’Exposition Universelle de 1937, le créateur de Miss France avait organisé Miss France d’Outre-mer avec des candidates issues de l’Empire colonial français ? Cela avait fait un scandale retentissant dans la classe politique française qui avait dû s’incliner face aux réactions enthousiastes des français.

Miss France d'Outre Mer 1937 photo l'Illustration
Miss France d’Outre Mer 1937
photo l’Illustration
Miss France d’Outre-mer et ses concurrentes, jeunes beautés métisses de l’Empire Français sur une terrasse du Centre Colonial à l’Exposition. source Entreprises Coloniales

Je note tout de même qu’elles étaient sollicitées pour un concours spécifique dans le cadre de l’Exposition Universelle (reparlerons-nous de la tradition raciste de ces événements ?) mais visiblement pas jugées assez intéressantes pour participer à l’élection de Miss France car j’ai du mal à imaginer qu’il s’agisse uniquement de freins géo-politiques.

Depuis, les femmes noires (et plus généralement celles issues de l’Outre-mer) ont pris leur place dans le concours qu’elles ont remporté à 6 reprises.

La première Miss France noire était Véronique de la Cruz, Miss Guadeloupe , élue pour l’année 1993.

La dernière en date est Flora Coquerel, élue Miss France pour l’année 2014 après avoir porté le titre de Miss Orléanais.

 

photo Une Autre Histoire
Véronique de la Cruz, Miss France 1993 photo Une Autre Histoire

Élues Miss France ou pas, les candidates ont également brillé sur la scène internationale lors des concours de :

 

  • Miss Monde (Véronique Caloc, Miss Martinique 1997, 1ère Dauphine de Miss France 1998, 1ère Dauphine de Miss Monde 1998)
  • Miss Univers (Flora Coquerel, Miss France 2014, 3ème Dauphine de Miss Univers 2015)
  • Miss Europe (Cindy Fabre, Miss France 2005 et 3ème Dauphine de Miss Europe 2005)

 

 

Une culture du commentaires raciste

En plus de la misogynie afférente à la médiatisation des femmes, si le palmarès des femmes noires lors des concours de Miss France est notable il s’inscrit tout de même dans une longue tradition de commentaires et actes racistes à l’égard des participantes.

C’est toute l’ambivalence de la société française qui prétend promouvoir le « vivre ensemble » tout en stigmatisant les personnes non blanches.

Femmes noires + misogynie + racisme = misogynoir*

« Putain de négresse »

Comment oublier la salve de commentaires racistes à destination de la franco-béninoise Flora Coquerel (Miss France 2014) ou le refus de Paris Match de faire sa Une avec Corinne Coman (Miss France 2003, Miss Guadeloupe 2002) au prétexte que mettre une femme noire en couverture ne serait pas vendeur ?

Sonia Rolland, Miss France 2000, a témoigné avoir reçu près de 3000 lettres racistes dont une contenait des excréments.

En faisant des recherches, j’ai appris qu’il avait fallu 28 ans de Miss Réunion pour que la première élue soit noire… un comble !

C’est ainsi que j’ai découvert l’histoire de Marie Chocolat dont voici des extraits.

photo Clicanoo
Marie Chocolat, Miss Réunion 1985 photo Clicanoo

« La jeune fille avait conscience que la couleur de sa peau n’était pas considérée comme un atout à l’époque. Jusqu’ici, en effet, aucune noire n’avait été élue. “On a eu des miss rousses, blondes, brunes, à la peau mat, métisses… mais jamais de Cafrines, poursuit la jeune quadragénaire. »

« Les délibérations durent une heure, mais toute à son bonheur, la jeune fille ne s’en préoccupe pas. Plus tard, cependant, elle apprendra que la décision des membres du jury était mitigée, certains ne concevant pas l’idée qu’une noire puisse représenter la Réunion. »

 

 

Ramatou Radjabo, Miss Mayotte 2015 Photo Miss et cie
Ramatou Radjabo, Miss Mayotte 2015
Photo Miss et cie

Je me souviens avec colère de la flopée de commentaires et photomontages dégradants reçus par Ramatou Radjabo, Miss Mayotte 2015. Ces commentaires provenaient dans un premier temps de la communauté mahoraise avant de prendre une ampleur nationale quand les portraits des candidates ont été publiés.

 

On découvre là un pan spécifique du misogynoir quand il s’attaque aux femmes noires présentant un teint foncé et/ou arborant une chevelure crépue naturelle. Le colorisme est une discrimination intra ou extra-communautaire basée sur la couleur de la peau.

Là où les personnes noires à peau claire ou cheveux bouclés sont moins discriminées voire parfois valorisées (exotisation du métissage), celles au teint plus foncé ou au cheveux crépus sont rabaissées et discriminées.

 

 

 

Miss France 2017

Cette année, 7 des 30 candidates sont afrodescendantes et représenteront la Martinique, la Guadeloupe, Saint Martin – St Barthélémy, Mayotte, la Guyane, la Lorraine et l’Ile de France.

L’accueil est plutôt positif et les Miss Guadeloupe et Guyane sont souvent citées parmi les favorites. Mais même en étant parmi les favorites, Miss Guyane n’échappe pas au misogynoir.

En cause, non pas sa chevelure mais la perception qu’ont les personnes non-blanches des cheveux crépus. Je l’ai encore constaté en temps réel en lisant les commentaires des internautes sur la page Facebook de l’Express.

Alicia Aylies, Miss Guyane 2016 photo l'Express
Alicia Aylies, Miss Guyane 2016
photo l’Express

Pas miss Guyane en tout cas !!!joli minois mais alors la touffe de cheveux !!!!ça ne passe pas !!!!!

Ce n est pas l élection de miss Guyane mais Miss France. ..et en France ce n’est pas tendance. ..sinon elle est très jolie.

je n ai JAMAIS parlé de race !!!!!…je n Aime pas du tout ses cheveux !!!!..par contre vous avez un sérieux problème de racisme anti blanc vous !!!!!!!…ne généralisez pas votre mépris !!!!!..

Elle a prit un coup de jus ??????

Quelle horreur ! On donne dans la préhistoire ?

En 2016, nous en sommes encore à des attentes faussées sur la représentation de la beauté des femmes noires. Coiffer ses cheveux au naturel est perçu comme un signe de négligence ou de non modernité.

Devrions-nous défriser nos cheveux, les lisser ou les attacher pour qu’ils soient admis comme pertinents dans le cadre d’un concours de beauté ?

Pourtant l’année dernière, la candidature de Miss Martinique Morgane Edvige qui arborait sa chevelure naturelle avait fait sensation au point qu’elle soit considérée comme favorite. Elle n’avait pourtant fini que 1ère Dauphine ce qui avait crée un buzz inconsistant dans les médias.

Morgane Edvige, Miss Martinique 2015 photo la 1ère
Morgane Edvige, Miss Martinique 2015
photo la 1ère

 

D’ailleurs, elle sera bientôt la candidate française à l’élection de Miss Monde qui aura lieu à Washington (USA).

Morgane Edvige, candidate Miss Monde 2016 photo People Bokay
Morgane Edvige, candidate Miss Monde 2016
photo People Bokay

Elle est actuellement en pleine campagne de communication et elle arbore désormais une toute autre coiffure. J’ai pu voir un reportage récemment sur sa candidature et ses coaches expliquaient qu’ils avaient travaillé sur une image plus moderne d’elle, plus sophistiquée, plus femme… J’ajouterai la vidéo si je la trouve car pour le moment je n’ai pas mis la main dessus.

 

 

Il y a quelques années, le concours Miss Black France avait été lancé dans un tollé général. A croire que pour certains la beauté noire ne peut qu’être une composante d’un concours national ce qui permet de la garder sous (un) contrôle (relatif).

* misogynie spécifique ciblant les femmes noires