Alicia Aylies, Miss Guyane 2016, cible de commentaires racistes et misogynes

Miss France 2017 – Comme chaque fin d’année, les prévisions vont bon train sur celle qui représentera le pays pour l’année 2017. Comme chaque fin d’année les français commentent abondamment la présentation des candidates en faisant hélas trop souvent des réflexions misogynes et/ou racistes.

La présence de femmes noires au sein de l’élection est désormais un acquis. Elles sont nombreuses à voir participé à Miss France et elles ne sont plus cantonnées au seul rôle de Miss des zones d’Outre-mer.

Saviez-vous que, dans le cadre de l’Exposition Universelle de 1937, le créateur de Miss France avait organisé Miss France d’Outre-mer avec des candidates issues de l’Empire colonial français ? Cela avait fait un scandale retentissant dans la classe politique française qui avait dû s’incliner face aux réactions enthousiastes des français.

Miss France d'Outre Mer 1937 photo l'Illustration
Miss France d’Outre Mer 1937
photo l’Illustration
Miss France d’Outre-mer et ses concurrentes, jeunes beautés métisses de l’Empire Français sur une terrasse du Centre Colonial à l’Exposition. source Entreprises Coloniales

Je note tout de même qu’elles étaient sollicitées pour un concours spécifique dans le cadre de l’Exposition Universelle (reparlerons-nous de la tradition raciste de ces événements ?) mais visiblement pas jugées assez intéressantes pour participer à l’élection de Miss France car j’ai du mal à imaginer qu’il s’agisse uniquement de freins géo-politiques.

Depuis, les femmes noires (et plus généralement celles issues de l’Outre-mer) ont pris leur place dans le concours qu’elles ont remporté à 6 reprises.

La première Miss France noire était Véronique de la Cruz, Miss Guadeloupe , élue pour l’année 1993.

La dernière en date est Flora Coquerel, élue Miss France pour l’année 2014 après avoir porté le titre de Miss Orléanais.

 

photo Une Autre Histoire
Véronique de la Cruz, Miss France 1993 photo Une Autre Histoire

Élues Miss France ou pas, les candidates ont également brillé sur la scène internationale lors des concours de :

 

  • Miss Monde (Véronique Caloc, Miss Martinique 1997, 1ère Dauphine de Miss France 1998, 1ère Dauphine de Miss Monde 1998)
  • Miss Univers (Flora Coquerel, Miss France 2014, 3ème Dauphine de Miss Univers 2015)
  • Miss Europe (Cindy Fabre, Miss France 2005 et 3ème Dauphine de Miss Europe 2005)

 

 

Une culture du commentaires raciste

En plus de la misogynie afférente à la médiatisation des femmes, si le palmarès des femmes noires lors des concours de Miss France est notable il s’inscrit tout de même dans une longue tradition de commentaires et actes racistes à l’égard des participantes.

C’est toute l’ambivalence de la société française qui prétend promouvoir le « vivre ensemble » tout en stigmatisant les personnes non blanches.

Femmes noires + misogynie + racisme = misogynoir*

« Putain de négresse »

Comment oublier la salve de commentaires racistes à destination de la franco-béninoise Flora Coquerel (Miss France 2014) ou le refus de Paris Match de faire sa Une avec Corinne Coman (Miss France 2003, Miss Guadeloupe 2002) au prétexte que mettre une femme noire en couverture ne serait pas vendeur ?

Sonia Rolland, Miss France 2000, a témoigné avoir reçu près de 3000 lettres racistes dont une contenait des excréments.

En faisant des recherches, j’ai appris qu’il avait fallu 28 ans de Miss Réunion pour que la première élue soit noire… un comble !

C’est ainsi que j’ai découvert l’histoire de Marie Chocolat dont voici des extraits.

photo Clicanoo
Marie Chocolat, Miss Réunion 1985 photo Clicanoo

« La jeune fille avait conscience que la couleur de sa peau n’était pas considérée comme un atout à l’époque. Jusqu’ici, en effet, aucune noire n’avait été élue. “On a eu des miss rousses, blondes, brunes, à la peau mat, métisses… mais jamais de Cafrines, poursuit la jeune quadragénaire. »

« Les délibérations durent une heure, mais toute à son bonheur, la jeune fille ne s’en préoccupe pas. Plus tard, cependant, elle apprendra que la décision des membres du jury était mitigée, certains ne concevant pas l’idée qu’une noire puisse représenter la Réunion. »

 

 

Ramatou Radjabo, Miss Mayotte 2015 Photo Miss et cie
Ramatou Radjabo, Miss Mayotte 2015
Photo Miss et cie

Je me souviens avec colère de la flopée de commentaires et photomontages dégradants reçus par Ramatou Radjabo, Miss Mayotte 2015. Ces commentaires provenaient dans un premier temps de la communauté mahoraise avant de prendre une ampleur nationale quand les portraits des candidates ont été publiés.

 

On découvre là un pan spécifique du misogynoir quand il s’attaque aux femmes noires présentant un teint foncé et/ou arborant une chevelure crépue naturelle. Le colorisme est une discrimination intra ou extra-communautaire basée sur la couleur de la peau.

Là où les personnes noires à peau claire ou cheveux bouclés sont moins discriminées voire parfois valorisées (exotisation du métissage), celles au teint plus foncé ou au cheveux crépus sont rabaissées et discriminées.

 

 

 

Miss France 2017

Cette année, 7 des 30 candidates sont afrodescendantes et représenteront la Martinique, la Guadeloupe, Saint Martin – St Barthélémy, Mayotte, la Guyane, la Lorraine et l’Ile de France.

L’accueil est plutôt positif et les Miss Guadeloupe et Guyane sont souvent citées parmi les favorites. Mais même en étant parmi les favorites, Miss Guyane n’échappe pas au misogynoir.

En cause, non pas sa chevelure mais la perception qu’ont les personnes non-blanches des cheveux crépus. Je l’ai encore constaté en temps réel en lisant les commentaires des internautes sur la page Facebook de l’Express.

Alicia Aylies, Miss Guyane 2016 photo l'Express
Alicia Aylies, Miss Guyane 2016
photo l’Express

Pas miss Guyane en tout cas !!!joli minois mais alors la touffe de cheveux !!!!ça ne passe pas !!!!!

Ce n est pas l élection de miss Guyane mais Miss France. ..et en France ce n’est pas tendance. ..sinon elle est très jolie.

je n ai JAMAIS parlé de race !!!!!…je n Aime pas du tout ses cheveux !!!!..par contre vous avez un sérieux problème de racisme anti blanc vous !!!!!!!…ne généralisez pas votre mépris !!!!!..

Elle a prit un coup de jus ??????

Quelle horreur ! On donne dans la préhistoire ?

En 2016, nous en sommes encore à des attentes faussées sur la représentation de la beauté des femmes noires. Coiffer ses cheveux au naturel est perçu comme un signe de négligence ou de non modernité.

Devrions-nous défriser nos cheveux, les lisser ou les attacher pour qu’ils soient admis comme pertinents dans le cadre d’un concours de beauté ?

Pourtant l’année dernière, la candidature de Miss Martinique Morgane Edvige qui arborait sa chevelure naturelle avait fait sensation au point qu’elle soit considérée comme favorite. Elle n’avait pourtant fini que 1ère Dauphine ce qui avait crée un buzz inconsistant dans les médias.

Morgane Edvige, Miss Martinique 2015 photo la 1ère
Morgane Edvige, Miss Martinique 2015
photo la 1ère

 

D’ailleurs, elle sera bientôt la candidate française à l’élection de Miss Monde qui aura lieu à Washington (USA).

Morgane Edvige, candidate Miss Monde 2016 photo People Bokay
Morgane Edvige, candidate Miss Monde 2016
photo People Bokay

Elle est actuellement en pleine campagne de communication et elle arbore désormais une toute autre coiffure. J’ai pu voir un reportage récemment sur sa candidature et ses coaches expliquaient qu’ils avaient travaillé sur une image plus moderne d’elle, plus sophistiquée, plus femme… J’ajouterai la vidéo si je la trouve car pour le moment je n’ai pas mis la main dessus.

 

 

Il y a quelques années, le concours Miss Black France avait été lancé dans un tollé général. A croire que pour certains la beauté noire ne peut qu’être une composante d’un concours national ce qui permet de la garder sous (un) contrôle (relatif).

* misogynie spécifique ciblant les femmes noires

25/11/2016 – Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes

Nous sommes aujourd’hui le 25 novembre, date qui formalise l’internationalité de la lutte pour l’élimination des violences faites aux femmes.

Cette journée a été votée par l’ONU le 17 décembre 1999 en mémoire de l’assassinat des sœurs Patria, Minerva et María Tereza Mirabal commandité par le dictateur dominicain Trujillo.

Les faits débutent à la fin des années 40. Le dictateur Trujillo n’avait pas supporté d’être rejeté par Minerva Mirabal dont il était obsédé au point de harceler la principale intéressée ainsi que toute sa famille et des membres de son entourage.

Elle a été enlevée et séquestrée durant plusieurs semaines en compagnie de plusieurs amies à elles (Enma Rodríguez, Violeta Martínez et Brunilda Soñé) afin de leur faire avouer leurs liens avec les militants socialistes opposés au dictateur.

Le père de la famille Mirabal, Enrique, est quant à lui décédé à force de tortures.

Ces événements ainsi que d’une manière plus générale la dureté du pouvoir ont forgé la conscience militante de Minerva Mirabal  qui est par la suite devenue une héroïne de la lutte contre Trujillo.

En représailles, celui-ci fit assassiner 3 des sœurs Mirabal le 25 novembre 1960 ce qui explique le choix de la date par l’ONU.

La sœur survivante, Belgica Adela Mirabal, est décédée en 2014 après une longue vie de luttes.

Une fois ce contexte historique posé, il est important de faire un constat de la situation actuelle.

Partout dans le monde les femmes sont victimes de violences en raison de leur genre.

Elles sont discriminées parce qu’elles sont femmes, battues parce qu’elles sont femmes, violées parce qu’elles sont femmes, assassinées parce qu’elles sont femmes (l’assassinat des femmes en raison de leur genre est appelé fémicide ou féminicide).

En tant que militante afroféministe, je suis tout particulièrement sensible aux violences que subissent les femmes noires.

A ce sujet, je vous invite à visionner le replay de l’émission Investigations « Violences faites aux femmes » diffusée mercredi dernier sur France O. Ce reportage fait un focus sur le parcours judiciaire de femmes victimes de violences conjugales en Guadeloupe.

C’est à ce titre que j’ai assisté le 12 novembre dernier à une marche blanche très émouvante en la mémoire d’Aïssatou Sow décédée le 30 octobre 2016 après 6 semaines de coma.

12/11/2016 - marche blanche pour Aïssatou
12/11/2016 – marche blanche pour Aïssatou

Son ancien compagnon, ne supportant pas la rupture, l’avait tabassée avant de la laisser pour morte dans un couloir d’immeuble.

La famille d’Aïssatou, à l’initiative du collectif « Plus jamais ça », a souhaité dénoncer ce qu’elle a vécu mais aussi plus largement les violences faites aux femmes ainsi que les violences dans les quartiers.

Et c’est dans une redoutable efficacité que l’entourage de cette femme a organisé cette marche qui se déroulait à Valenton (94). J’ai une immense admiration pour ce qu’ils ont accompli dans un délai aussi court et dans des circonstances difficiles.

La marche a fédéré des dizaines de personnes, peut être 300 je pense ? Parmi les marcheuses et les marcheurs on a retrouvé des la famille, les amis,  des anonymes, des associations, des activistes, des politiques… Des adultes et des enfants.

Je ne vous cacherai pas que c’était très dur. J’ai longtemps eu la gorge nouée au point d’être totalement incapable de crier le moindre slogan.

Trop de tristesse et de colère de voir une vie volée, tant de vies volées.

Mais plus que ces émotions je préfère retenir ce magnifique élan de solidarité, les cris « plus jamais ça », les témoignages d’amour et la force de cette famille.

A la fin du rassemblement, des personnes et des collectifs ont pu prendre la parole et ainsi exprimer leur colère face aux violences sexistes.

Je retiens cet événement comme un appel à la sororité, à l’entraide, à l’écoute. Il y a très souvent des signes quand une femme est la cible de violences conjugales. Sait-on les déceler ? Les écouter ?

A-t-elle changé d’attitude, est-elle devenue agressive ou au contraire triste ?

A-t-elle des marques de blessures ? S’isole-t-elle ?

Autant de signes qui devraient nous conduire, non à lui faire subir un interrogatoire car ce n’est pas l’objectif, mais à lui faire savoir que l’on est là pour elle.

Nous ne sommes pas toutes des professionnelles ou des expertes dans l’accompagnement des victimes. En plus des associations de terrain qui connaissent parfaitement le sujet (vous pouvez vous rapprocher de la mairie pour obtenir la liste), une plateforme téléphonique nationale existe. Il s’agit du 3919.

Toute victime ou personne proche d’une victime peut les contacter afin d’obtenir une écoute et des informations sur les moyens d’action.

Aucune communauté, aucune classe sociale ne sont épargnées par les violences faites aux femmes.

Cela n’arrive pas qu’aux autres, il est important d’être sensibilisée sur le sujet car cela permettra peut-être de réagir plus vite si cela nous arrive ou d’aider efficacement sa voisine, sa collègue ou sa sœur.

En France les chiffres des violences faites aux femmes sont terrifiants :

  • 1 femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son compagnon ou son ex compagnon
  • 1 enfant meurt tous les 11 jours dans le cadre de violences conjugales
  • 1 femme est violée toutes les 7 minutes
  • Plus de 500 agressions sexuelles sont commises chaque jour

Pour que cela cesse, chacun-e doit agir en ce sens.

De nombreuses manifestations sont proposées à l’occasion de cette journée.

J’en ai répertoriées certaines dans l’agenda Parlons des Femmes Noires.

Vous trouverez sous le hashtag #violencesfaitesauxfemmes de nombreux tweets dont des articles que j’ai sélectionnés depuis le compte @PDFemmesNoires

Relayez ces informations, partagez-en d’autres. Dénoncez ce que vivent les femmes.

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