#8mars8femmesnoires – Marie-Laurence Jocelyn Lassegue (Haïti)

A l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le collectif AfroFem a choisi de mettre à l’honneur des portraits de femmes noires.
Mélissa a souhaité mettre en avant le parcours de l’haïtienne Marie-Laurence Jocelyn Lassegue.

Militante féministe, enseignante, journaliste, femme politique, Marie-Laurence Jocelyn Lassegue est de ces femmes déterminées que rien n’arrête. Dans une société haïtienne où la domination masculine est écrasante, Marie-Laurence, surnommée Lolo par ses ami-e-s et admiratrices/admirateurs, est l’une des femmes les plus notables d’Haïti.

Née le 1er mars 1955 à Port-au-Prince, sa famille fuit la dictature Duvalier pour se réfugier au Zaïre où elle passera son enfance. Ces séjours dans divers pays du continent africain (notamment le Sénégal, le Bénin et la Côte d’Ivoire) lui inculquent la dévotion, l’éthique et la solidarité. Admiratrice de Winnie Mandela sans qui selon elle « il n’y aurait jamais eu de Mandela », l’Afrique demeure un continent très cher au cœur de Marie-Laurence sur lequel elle s’appliquera à se rendre chaque année, dès qu’elle le pourra afin de se ressourcer. Plus tard elle incitera le gouvernement haïtien à inclure de la littérature africaine dans les programmes scolaires. Elle aime à rappeler qu’il est important pour les Haïtien(ne)s de connaître leurs racines africaines. En juillet 2013 elle sera présidente d’honneur à la quinzaine d’hommages rendu à Mandela.

Son bac en poche, c’est en France que son engagement féministe prendra forme : elle a été animatrice bénévole à « SOS femmes battues violées » à Strasbourg de 1975 à 1978, galvanisée par le viol de deux ses amies. Deux ans après, à 25 ans, elle co-fondera le centre d’hébergement « Solidarité femme » de 1980 à 1983 à Besançon.

C’est aussi en France que Marie-Laurence donnera naissance à ses deux enfants, un fils né à Strasbourg en 1978 et une fille née à Besançon en 1982.

Durant ses années dans l’hexagone, elle étudie les lettres modernes et la littérature à Strasbourg. Sa carrière d’enseignante démarre véritablement en 1978 où elle retourne en Afrique, elle sera professeure de lettres et littérature au lycée français de Kinshasa durant deux années. Elle le sera également au lycée français de Port-au-Prince de 1983 à 1985, puis professeure de lettres à l’École Normale Supérieure (ENS) et à l’Ecole Nationale des Arts (ENARTS) de 1983 à 1990. C’est en France également qu’on lui proposera de se présenter à la fonction de députée, à elle et son mari, sous le régime Mitterrand, elle refusera ; haïtienne dans son sang et dans sa chair, elle n’imagine pas un seul instant changer de nationalité. Elle rêve d’œuvrer pour son pays d’origine, et elle le fera.

L’année 1983 marque son retour sur sa terre natale. Le besoin d’être au service de son pays, qui malgré son exil n’a jamais quitté son cœur, l’anime.
Là elle s’implique corps et âme dans la vie d’Haïti d’abord en tant que journaliste. Elle le sera à Télé-Haïti de 1983 à 1986, puis reporter à Radio-Antilles de 1986 1989 et enfin rédactrice en chef de Haïti Libérée (1986 à 1987). En parallèle elle occupe un poste de secrétaire générale de l’Association des Journalistes haïtiens (AJH).

Lydia Jeanty est une femme qui a marqué l’esprit de Marie-Laurence et qui la conduira à débuter une carrière politique. En effet Lydia Jeanty a été la première femme ministre en Haïti. Et ce n’est pas rien dans un paysage politique haïtien où les femmes restent quasiment inexistantes malgré le droit de vote qui leur a été accordé en 1950.

C’est ainsi qu’en février 1991 Mme Jocelyn Lassègue est nommée ministre de l’Information et de la Culture de la République d’Haïti sous le gouvernement d’Aristide et ensuite de Préval, elle le sera jusqu’en août 1993.
Malheureusement le coup d’état contre le président Aristide en septembre 1991 l’amènera de nouveau en exil, cette fois à Washington. Elle vivra très mal cette expatriation car en plus d’être loin de son pays, elle ne retrouvera aucune solidarité intra-communautaire avec ses compatriotes exilés. Elle fuira Washington pour retrouver sa famille en Belgique.

Elle retourne en Haïti (aux Cayes) en octobre 1994 pour se recueillir sur la tombe de son père, décédé pendant qu’elle était en exil. Elle comptait repartir juste après mais apprend son élection à l’unanimité par le Sénat de la République pour les représenter au Conseil électoral provisoire. Marie-Laurence est déjà une personnalité qui compte dans le cœur des haïtiens

Elle reprend alors son marathon politique là où elle l’avait laissé en 1991 et qui fera d’elle la femme de poigne respectée et légendaire qu’elle est aujourd’hui.

Elle prête donc serment en décembre 1995 comme secrétaire générale du conseil électoral provisoire en 1995, mais elle démissionne par soucis d’éthique en

Elle est ensuite membre du cabinet de la première femme Première Ministre Claudette WERLEIGH en 1995, membre du Cabinet du président de la République (de 1996 à 2000).

Son militantisme féministe ne l’a pas quitté, ben au contraire ! C’est d’ailleurs dans cette optique d’émancipation des femmes qu’elle fonde en 1999 « FANM YO LA », un collectif féminin haïtien pour la participation politique des femmes et leur implication dans les espaces décisionnels (elle en sera la secrétaire générale jusqu’en juin 2006  puis conseillère jusqu’à ce jour).

En 2006 Marie-Laurence Lassègue devient ministre de la condition féminine après avoir été appelée par la ministre sortante Madame Adeline Chancy. Son cheval de bataille ; les servantes travaillant dans les familles haïtiennes. La ministre promet de « lutter pour l’équité de genre et l’égalité des sexes, la promotion et le renforcement des droits de la femme, la scolarisation des filles et la formation des femmes … ».

A travers ce mandat Madame Jocelyn Lassègue se fait le porte-parole des femmes en soutenant les organisations de femmes et en assurant la promotion des droits des femmes à travers tout le territoire national. Féminisation du nom des rues, programmes d’éducation à la non-violence et d’accompagnement psychosocial des femmes violentées, lutte contre la féminisation de la pauvreté.

En 2008, sous le gouvernement du président Préval, elle est nommée ministre de la Culture et des communications.

Au-delà de son engagement féministe, Marie-Laurence Jocelyn Lassègue s’est toujours posée en défenseuse de la famille, des opprimés, des marginalisés. En 1996 elle a était présidente de l’association Humanitaire Solidarité. Elle est membre du Conseil d’Administration de « La Maison Arc-en-ciel » (orphelinat pour les enfants atteints du sida) depuis 1997, membre de l’Association Haïtienne d’Aide aux Aveugles depuis 2000. En 2012 elle fait ratifier par le parlement haïtien un projet de loi visant à responsabiliser les pères délinquants. Cette loi vise à responsabiliser les pères délinquants pour éviter que les femmes en paient toujours les conséquences et que les enfants soient condamnés à la pauvreté, à la marginalisation et à l’exploitation.

Cette année-là, elle est aussi directrice de programme à l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale (IDEA), institution intergouvernementale qui travaille au renforcement des capacités des institutions démocratiques telles que le Parlement, les partis politiques.

Interrogé en 2015 sur son avenir politique, celle qui pense que « les femmes peuvent mieux faire si la société leur accorde des responsabilités » a déjà pensé à se présenter aux élections après le mandat de Michel Martelly. Mais pour l’instant elle préfère laisser la place à ses aînées. Ce qui est sûr c’est Marie-Laurence Jocelyn Lassègue a toutes les compétences, la culture et l’expérience nécessaire pour briguer la gouvernance d’Haïti.

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